Des véhicules blindés des forces gouvernementales patrouillent à Mogadiscio en Somalie, le 4 juin 2026 ( AFP / - )
Les forces gouvernementales et l'opposition se sont affrontées dans d'intenses combats de mercredi soir à jeudi matin à Mogadiscio, aggravant la crise politique qui sévit dans ce pays pauvre et instable depuis des décennies.
Des nuages de fumée liés aux combat s'élevaient dans la capitale somalienne jeudi matin. Le bruit des armes s'est interrompu vers 9H30 (6H30 GMT) et les forces de sécurité quadrillent désormais la ville, a constaté l'AFP.
Des négociations sont en cours entre gouvernement et opposition, ont expliqué des membres des deux camps.
A la racine du problème, une réforme constitutionnelle passée en mars instaure l'élection au suffrage universel des parlementaires et porte surtout de quatre à cinq ans les mandats présidentiel et législatifs.
Alors que le camp présidentiel estime que le chef de l'Etat Hassan Sheikh Mohamud voit son mandat automatiquement prolongé d'un an, l'opposition dénonce une réforme artificielle permettant à celui-ci de s'accrocher au pouvoir.
Une manifestation contre le président Mohamud était ainsi prévue jeudi matin. Sa tenue d'ici la fin de la journée s'annonce hautement improbable.
De brefs échanges de tirs étaient déjà survenus mercredi après-midi à Mogadiscio entre des forces loyales à l'opposition et la police.
Les combats avaient repris mercredi soir, la police annonçant dans un communiqué "une opération de sécurité de grande envergure" dans la capitale afin de "neutraliser des milices lourdement armées qui ont lancé des attaques au mortier".
"Hassan Sheikh Mohamud mène un assaut militaire soutenu et indiscriminé, avec comme objectif apparent de me tuer, ainsi que l'ancien président Sheikh Sharif Sheikh Ahmed (...) et d'autres dirigeants politiques à Mogadiscio", a dénoncé sur X l'ex-Premier ministre somalien Hassan Ali Khaire, qui s'était déjà dit attaqué par des forces gouvernementales mercredi.
- Escalade -
Des "armes lourdes" sont déployées contre l'opposition, notamment des "armes antichars, des drones et d'autres moyens militaires", a-t-il déploré, appelant les forces de sécurité à désobéir aux ordres "illégaux" du chef de l'Etat.
Le président Mohamud "nous a attaqués à nos domiciles", a critiqué l'ancien président Sharif Sheikh Ahmed lors d'une conférence de presse mercredi soir. "Nous ne serons pas intimidés par ces agressions et nous nous défendrons si nécessaire", a-t-il averti.
Plusieurs témoins ont fait état de coups de feu nourris près des domiciles de MM. Khaire et Ahmed.
Des colonnes de fumée s'élèvent au dessus de Mogadiscio, en Somalie, le 4 juin 2026 ( AFP / - )
"Nous n'avons pas dormi de la nuit à cause des coups de feu sporadiques", a raconté l'un d'entre eux, Xalimo Salad, ajoutant avoir constaté "des échanges de tirs plus intenses" jeudi matin.
Aucun bilan humain de ces combats n'est pour l'instant disponible.
L'ambassade des Etats-Unis en Somalie a dénoncé sur X des violences "irresponsables", appelant les politiciens somaliens à "résoudre leurs différends de manière pacifique" car leurs actions immédiates "pourraient avoir des conséquences durables sur la sécurité, l'unité et l'avenir de la Somalie".
L'Union européenne et la Grande-Bretagne se sont dites "fortement préoccupées" tandis que la mission onusienne en Somalie a appelé les deux parties à être "responsables".
"Hassan Sheikh tente de politiser les forces armées et va jusqu'à attaquer un ancien président (Sharif Sheikh Ahmed, NDLR) qui lui a transmis le pouvoir pacifiquement", a commenté un autre ex-chef de l'Etat somalien, Mohamed Abdullahi Farmaajo sur FB, appelant M. Mohamud à "cesser de conserver le pouvoir par la force".
La Somalie est entrée mi-mai "dans une période de transition", a annoncé unilatéralement le gouvernement à la fin du mandat du président Mohamud, sans scrutin en vue pour élire un successeur, laissant craindre que le pays qui peine à sortir de décennies de chaos plonge à nouveau dans une spirale de violences.
Depuis 2012 et la fin de huit ans d'autorité "de transition", la Somalie, longtemps privée d'Etat central après la chute en 1991 du dictateur Siad Barre, est habituée aux élections reportées et aux mandats prolongés.
Des élections étaient prévues en juin, mais elles semblent désormais impossibles. Le pays est aux prises depuis près de 20 ans avec l'insurrection des islamistes shebab, liés à Al-Quaïda, qui contrôlent de vastes pans du territoire.

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